Euro 2016 oblige, le foot occupe toutes les conversations. Cela fait un bon moment que les alentours du foot ont de quoi dégoûter jusqu’à Donald Trump, mais peu importe, ce n’est pas le sujet du jour. Il y a que le belges ont commencé par perdre. Il y a que, depuis un moment, aucun des héros qui forment cette équipe #2 mondiale selon la FIFA, ne parvient à nous enchanter.

Ce qui moi m’a enchanté dans ce premier match des diables face à l’Italie, c’est l’évidence qu’un collectif bien structuré est aujourd’hui bien plus performant qu’une somme d’individualités. Et il n’y a pas que #BELITA qui a montré cela. Si on en suit ce premier tour, on pourrait se dire que cet Euro est celui de la collaboration. Au dire des experts, les superstars ne font plus les grandes équipes. À la suite du match, l’un de ceux du plateau de la RTBF a relevé à peu près ceci: “Eden Hazard a dû surjouer, il a dû jouer comme un meneur de jeu d’il y a 10 ans, c’est-à-dire tout faire lui-même”. Ça ne m’avait pas tellement sauté aux yeux qu’en 10 ans le foot était devenu de plus en plus collectif.

Il y a aussi eu ces commentaires sur le fait que de Bruyne, qui a fait “son pire match avec les Diables de sa vie”, avait l’air “malheureux” depuis un moment. Là où certains y voyaient une explication légitime à une baisse de performance, d’autres rappelaient qu’avec les millions qu’il gagne, il n’avait pas le droit de faire “des caprices”. En d’autres termes, le bonheur serait un caprice que le salaire interdit… Il semblait frustré par des choix incompréhensibles du coach. Ce coach qui, visiblement, faisait de son mieux pourtant, justifiant tous ses choix à l’interview, en totale contradiction avec les analyses présentées jusque-là. Je n’aurais pas aimé être à la place du brave Marc, voyant 4 gars dégommer en règle le travail de ses deux dernières années en tant que manager.

Si tout cela ne vous fait pas penser à votre quotidien en entreprise, restez bien où vous êtes.  

La pelouse semble donc nous dire que la clé se trouve dans la structuration d’un collectif efficace, qui serait à même de permettre à chacun de trouver son bonheur… Et que le rôle du manager est central là-dedans…  Réconcilier l’individu avec le collectif... Tiens tiens, quelle surprise! Nous revoilà début du siècle, avec le courant personnaliste (Mounier, par exemple). Et nous revoilà tout autant à Isaac Getz, Frédéric Laloux, etc. Ce n’est pas neuf, mais rien n’est plus redoutable qu’une idée dont l’heure est venue, comme qui dirait…

Certains analystes pointent (par exemple ici ou ) pourtant que le storytelling autour du football continue sa route vers l’individualisation. Depuis l’apparition de numéros sur les maillots (1920), puis des noms des joueurs, puis des signes distinctifs variés, terminant par l’apothéose capillaire que nous connaissons aujourd’hui et le cinéma que nous font les buteurs après chaque but, tout va vers le culte de l’individu. Les médias et leurs statistiques, les publicitaires et leurs déodorants, et bien sûr les équipementiers et leurs chaussures fluo sont tous parties prenantes dans ce récit héroïsant les starlettes de la planète foot. Et l’une de ces deux analyses de conclure: “si le jeu reste collectif, le récit s’individualise”. Bien sûr, l’industrie en a besoin pour continuer de croître. À nouveau, le parallèle avec l’entreprise est direct.

J’ai souvent comparé ma pratique du foot à celle de l’improvisation théâtrale. De la dernière j’ai tiré une méthodologie pour apprendre la créativité collaborative en entreprise. Mais la première n’est aucunement en reste, et il m’arrive souvent de constater que les mêmes mécaniques sont à l’oeuvre.

Ainsi, si le foot se gagne en collectif, il me semble qu’il est temps de repenser ses outils.

  • Repenser le management dans une équipe de foot, de façon à maximiser l’engagement, l’épanouissement, les comportements collaboratifs, la créativité, la cohésion, l’efficacité... Un management collaboratif, bien sûr! Allez, soyons radicaux, le coach devient le facilitateur d'un exercice d'intelligence collective pour décider de la tactique, des sélections, des primes de match... Yeah !
  • Tant qu’on y est, repenser le business model (incluant le financement) de l’équipe de foot et du joueur de foot pour assurer la maximisation de la valeur (pas uniquement la valeur financière) pour tout l’éco-système à long terme. Un business model collaboratif, of course! Un club financé uniquement par ses fans à travers le monde, ayant leur mot à dire sur les transferts à effectuer... Un club qui arbore une pub pour un business local et durable, qui investit dans l'intégration sociale, qui inclut l'Horeca local dans ses promotions... enfin bref, y'a de quoi faire...

Chers amis de l’URBSFA, chers dirigeants de clubs, c’est quand vous voulez pour une consultance, la première demi-heure est gratuite ;-)

Cher Marc, bonne merde, j’espère que tu cachais ton jeu l’autre jour, et que ce fameux collectif nous apparaîtra comme par magie dès samedi pour se qualifier!